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 Le Seigneur du Roc Noir

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Le Bédéphage
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MessageSujet: Le Seigneur du Roc Noir   Mar 26 Sep - 0:18

Des odeurs alléchantes faisaient frétiller le nez de Baltazar, qui jura en son for intérieur. Etait-il possible que les murs soient si fins dans ce maudit château ? Ca rendait sa tâche plus pénible encore, son ventre se manifestant à son attention. Baltazar savait que ce jour devait arriver, mais il ne s’y était jamais préparé et le regrettait désormais. Le Maître des Quinze Fiefs Isdore Abron venait de décéder et, comme le voulait la tradition, c’était à lui, Lord Batazar Abron, son successeur à la tête de la Côte Rouge, que revenait la corvée de l’oraison funèbre. Baltazar aurait bien aimé trouver des anecdotes personnelles, mais il n’avait que quatre ans quand son père avait quitté Port-sur-Lin pour assumer son nouveau titre, laissant à Ser Isias, la plus fine lame de la Côte Rouge, le soin de l’éduquer.
Dressé devant le Siège des Doléances sur l’estrade qui dominait la grande salle de Castelconche, Baltazar se tenait les mains jointes sur le nombril face aux autres seigneurs des Quinze Fiefs et aux membres du Conseil. Il sentait la transpiration humidifier sa chevelure rousse et dégouliner dans sa tunique aux couleurs rouges de son fief. La salle était, elle, décorée d’or au dauphin de gueules, les couleurs de la maison Abron. Il essaya de trouver du courage en fixant un visage amical, mais la chance n’était pas avec lui. Juste devant son champ de vision se trouvait le visage austère de Lord Bélisaire, aussi engageant que les montagnes arides qui donnaient leurs noms à son fief. Baltazar balaya la pièce du regard et se fixa sur un visage plus adéquat, celui tout en rondeur de Lord Blondain. Il déglutit péniblement et se lança dans un discours bref mais complet, du moins lui semblait-il, sur l’homme de pouvoir à défaut de parler du père. Comme le voulait la coutume, il conclut par un pompeux « Que les dieux bénissent les Quinze Fiefs » auquel il ne croyait guère. Le vieux Lord Wellie se leva et se tourna vers l’Assemblée pour les inviter à la collation. Les cuisiniers entèrent alors avec moult victuailles appétissantes dégageant les fragrances qui perturbaient Baltazar plus tôt. Il identifia sans mal les fameux pâtés aux crevettes marinées qui faisaient la fierté de Puyroyal. Il repéra aussi des petites cailles farcies ainsi que des tartes aux légumes.
Le seigneur de la Côte Rouge tenta de se précipiter vers le buffet, mais plusieurs seigneurs lui firent obstacle pour lui présenter leurs condoléances. Ce fut d’abord Lord Almaric Catar, seigneur du Trident, un grand gaillard énergique à l’abondante chevelure blonde. Puis cette vieille ganache de Lord Gotran Zata, du duché du même nom, plié en deux sur sa canne et râlant comme à son habitude. Puis l’inquiétante Lady Clérina Finis, des Terres du Nord, très séduisante avec sa longue chevelure blonde, mais qu’on disait d’une grande cruauté. Il parvint enfin au buffet où l’attendait Lord Blondain Beosan, seigneur des Terres du Tonnerre. C’était un grand poupin avec d’épais cheveux bruns qui dégageait la sympathie de tous ses interlocuteurs. Blondain tendit immédiatement un verre de vin.
- Ah, Baltazar ! Ton oraison était brillante !
Baltazar eut un sourire en coin et soupira.
- Tu parles ! Que des banalités débitées en un temps record.
- Justement. Elle était brillante parce qu’elle était brève. Je n’ai jamais eu beaucoup d’affection pour les longs discours.
Ces paroles réussirent à arracher à Baltazar un petit rire bientôt rejoint par celui de son compagnon. Leur hilarité fut interrompue par une voix sifflante fort désagréable.
- Les funérailles de votre père vous amusent ?
Balthazar se retourna et n’eut aucun peine à identifier l’opportun. Il s’agissait du Maître Conseil, Ser Amyot Beosan, par ailleurs frère aîné de Blondain. Baltazar était toujours surpris de les savoir frères, tant ils étaient différents. Là où Blondain était grand, large d’épaules et de taille, jovial et bon vivant, Amyot était petit, sec et sévère. Bien que plus âgé que Blondain, Amyot avait été écarté de la succession par leur père. Celui-ci le considérait comme trop inflexible et sinistre pour plaire au peuple des Terres du Tonnerre, habitué des seigneurs indulgents et festifs. A la vue de ce visage émacié, Baltazar ne put que s’incliner.
- Ser Amyot…
Blondain, lui, plaça vigoureusement la main sur l’épaule de son frère.
- Tu ne nous en voudras pas, Amyot, si nous apprécions ce merveilleux nectar.
- Du vin de Vieillevigne apporté par Lord Josephus, précisa Amyot en désignant le seigneur du Val Verdoyant, un homme totalement chauve au regard mélancolique.
- Cela va de soi. Seul les vignerons de Vieillevigne savent faire un liquide aussi réjouissant pour les sens, ajouta Blondain. Ce n’est pas pour rien si j’en fais venir de pleines tonnelles à Castelneuf.
En entendant le nom de la capitale des Terres du Tonnerre, Amyot laissa échapper un grognement désapprobateur qui n’échappa pas à Blondain.
- Ne me dis pas que tu m’en veux encore.
- Crois-tu réellement que je pourrais te pardonner d’avoir abandonné le fief ancestral de notre maison ?
- Oh, je t’en prie. Fort-Foudre rendrait dépressif le plus hilarant des fous. C’est d’un sinistre. Il était peut-être crucial il y a des siècles pendant les périodes de guerre, mais aujourd’hui, un seigneur a besoin d’une cité prospère et paisible où le peuple vit dans l’insouciance, pas d’une forteresse lugubre et menaçante. D’ailleurs, le peuple l’a bien compris, qui m’a suivi à Castelneuf.
- Les dieux ne te pardonneront jamais le déshonneur que tu as fait s’abattre sur notre famille. Père doit se retourner dans sa tombe de t’avoir choisi.
Baltazar comprit qu’il lui fallait détourner l’attention avant que les deux frères n’en viennent aux mains.
- Euh, sinon… D’après vous… Qui sera le nouveau Maître des Quinze Fiefs ?
Amyot le fixa avec son air méprisant habituel.
- Vous le savez mieux que quiconque. Deux seigneurs sont favoris.
Baltazar ne le savait que trop bien. Deux noms sortaient du lot. Tout d’abord, Lord Bélisaire Voumard, le seigneur du Roc Noir. Il fallait reconnaître que Bélisaire avait une prestance royale, malgré son physique trapu. Avec sa chevelure et sa barbe noires soigneusement entretenues, son regard bleu acier et sa cape fourrée de vison, il représentait parfaitement l’image que pouvait se faire le peuple d’un souverain. Mais au-delà de son physique, Bélisaire était réputé dans tous les Quinze Fiefs pour son indiscutable sens de l’honneur et sa manière impartiale et équitable de rendre la justice. Et personne ne pouvait remettre en question qu’il était l’homme le plus attaché à la Charte. Cependant, ces qualités étaient à double tranchant. Baltazar le savait bien, Bélisaire était également connu pour sa rigidité et son manque d’empathie. Cela le rendait plutôt mauvais compagnon. Pour ne rien arranger, il avait cette malédiction rare d’être totalement dénué d’humour.
L’autre favori était le seigneur du Cratère, Lord Quintius Kalur. C’était un véritable héros pour le peuple. Onze ans auparavant, alors que Baltazar était encore un jouvenceau, il avait mené l’assaut contre le Dagen, un démon des anciens temps que les travaux de prospection de Goulemine avait réveillé. Après avoir massacré les mineurs, la créature s’était alors tournée vers Puyroyal. Maître Isdore avait mobilisé tous les osts des Quinze Fiefs. Renommés pour être les guerriers les plus combattifs du continent, les chevaliers du Cratère s’étaient placés en première ligne face au Dagen. Quintius, qui était devenu le seigneur du Cratère depuis peu, n’avait pas hésité à diriger les troupes. Tous les saltimbanques des Quinze Fiefs ne cessaient de chanter le courage de l’homme qui avait vaincu le démon. Le temps passant, Quintius avait perdu en physique, mais il restait un guerrier de premier ordre et Baltazar ne se risquerait pas à le défier en duel. Le seigneur du Cratère était également un homme jovial et plus accommodant. Cependant, Baltazar se demandait si le grand chevalier était apte à diriger les Quinze Fiefs. Le dilemme le rongeait encore et il espérait que le vin de Vieillevigne l’aiderait à se forger une décision.
- J’en connais un autre qui se verrait bien Maître, fit remarquer Blondain en regardant par-dessus l’épaule d’Amyot.
Jetant un œil dans la direction désignée, Baltazar aperçut sans surprise Lord Ranlen Holion, le seigneur de l’Anse. A voir sa chevelure noir de jais, son teint pâle et son regard sombre et vide, il se demandait parfois si Ranlen n’était pas un mort-vivant. Mais plus que son physique, c’était surtout son mental qui inquiétait Baltazar, comme tant d’autres seigneurs. Sa conception de la justice était pour le moins expéditive et arbitraire et ses crises de colère étaient tristement célèbres. Il avait également créé un groupe de guerriers qu’il osait appeler « ordre de chevalerie », mais qui n’était qu’une meute de pillards sauvages, les Claquedents. Baltazar redoutait le jour, et il était sûr qu’il viendrait, où Ranlen utiliserait ces Claquedents pour autre chose que maintenir un semblant d’ordre sur l’Anse.
- Le Dément s’imagine que le titre de Maître lui revient naturellement, grogna Amyot. Il pense détenir cette légitimité de par son père, Maître Jervais. Comme si le titre était héréditaire…
- Les dieux en soient loués, il ne l’est pas, souffla Baltazar. La Côte Rouge me suffit amplement. Même si mon père fut un bon Maître…
- Un excellent Maître, Lord Baltazar, acquiesça Amyot.
Baltazar eut soudain l’impression qu’un regard était posé sur lui et ça lui glaçait le sang. Il tourna la tête et se trouva face à un homme de grande taille, à la toison brune soignée et au sourire narquois, tout de vert ajusté. Comme il le craignait, il allait devoir à nouveau subir un quolibet du seigneur des Landes Vertes, Lord Hilard Jeder. Hilard se dirigea vers l’estrade et, en passant, glissa un petit mot à l’intention du seigneur de la Côte Rouge.
- Le temps du choix est venu. Tu arriveras à l’estrade à temps, Trotte-Menu ?
Baltazar grogna. Pas tant en raison de la pique d’Hilard que parce que son ventre criait famine. Pris dans la conversation avec les Beosan, il n’avait pas pris le temps de s’alimenter. En son for intérieur, il jurait contre lui-même, maudissant son imprévoyance. Pour se rassurer, il se dit qu’il était l’un des premiers à voter et qu’il pourrait donc retrouver rapidement le buffet. Amyot et Lord Wellie préparèrent les bandes de parchemin et invitèrent les seigneurs à inscrire leur vote. Comme le voulait la tradition, les seigneurs défileraient du plus jeune au plus vieux. Le premier fut donc Lord Raphel Thorus, des Mines de l’Est, un béjaune que tous savaient être la marionnette de ses parents et conseillers. Nul doute que quelqu’un lui avait soufflé pour qui voter. Raphel écrivit rapidement un nom en dodelinant sa tête trop grosse pour son corps frêle, puis plaça la bande de parchemin dans l’urne. Vint le tour de Baltazar. Hésitant toujours, il prit la plume et réfléchit aux deux hommes entre qui son cœur balançait. Un souvenir lui revint finalement de l’enseignement que lui prodiguait Ser Isias. N’oubliez jamais, un bon seigneur est un seigneur qui ne cherche pas à être populaire, mais à être juste en toute circonstance. L’évidence lui apparut alors. Il devait donner sa voix à Bélisaire. Baltazar écrivit rapidement le nom de son candidat, puis glissa le parchemin dans l’urne. Son devoir accompli, il retourna au buffet et se jeta sur un pâté aux crevettes. Pendant qu’il savourait enfin quelque bonne victuaille, il observa le défilé des seigneurs. Ce fut d’abord Blondain. Puis Almaric et Hilard. Suivit Lady Deutéria Pogin, seigneur des Iles de la Paix. Une grande femme brune avec un port de reine qui semblait venir d’un autre monde. A vrai dire, pour Baltazar, les Iles de la Paix étaient un autre monde, avec une culture et des traditions qui tranchaient radicalement avec le reste de Cyran. Le Dément fut le votant suivant. Pour Baltazar, il ne faisait aucun doute que Ranlen voterait pour lui-même, persuadé qu’il était que le titre lui revenait.
Quand le Dément quitta l’estrade, la masse impressionnante de Lord Casémir Hacus prit sa place. Le seigneur des Monts de l’Aigle avait un côté rustre qui amusait Baltazar. Même s’il portait une tunique d’apparat d’argent à deux aigles essorantes de gueules, le vêtement était rapiécé de toute part et la longue barbe fournie de Casémir masquait ses armoiries. Il était également connu pour son manque de diplomatie et pour son légendaire lever de coude. Baltazar regrettait que sa cousine, Lady Semianne, qui avait épousée Casémir, fût absente. Dans son enfance, elle n’était pas du genre à se soumettre aux bonnes manières des vraies dames et se rêvait chevalier. Son côté sauvage lui avait gagné la vénération de Casémir et ce ne fut pas une surprise quand ils se marièrent. Les liens qui étaient ainsi nés entre les maisons Abron et Hacus avaient permis au jeune frère de Baltazar, Waler, de devenir l’écuyer de Casémir. Comme le seigneur de Fierpic était arrivé après lui à Puyroyal, Baltazar n’avait pas eu l’occasion de voir son frère, mais il espérait bien avoir l’opportunité de deviser avec Waler quelques instants.
Lady Clérina et Quintius se succédèrent sur l’estrade. Puis vint Lord Rymon Palil, des Marais du Sud, un petit homme à la grande érudition. D’après ce que Baltazar avait entendu, il passait ses journées dans sa bibliothèque et attirait tous les fripiers de Cyran pour se procurer des nouvelles sources de savoir. Il laissait Lady Dorilla, sa femme, s’occuper des affaires du fief. Le défilé de seigneurs se termina par Bélisaire, Josephus Jonovar, Gotran et finalement Lord Wellie Drusard. Le seigneur des Sables Immuables impressionnait Baltazar. Bien qu’il avait dix ans de plus que Gotran, il en faisait dix de moins. Il était de haute taille et encore solidement charpenté pour son âge. Même sa chevelure, malgré quelques mèches grises, gardait l’aspect de ses jeunes années. Aussi immuable que le désert de son fief, il avait pour son malheur déjà enterré tous ses enfants et plusieurs petits-enfants. La voix de stentor de Wellie résonna dans la grande salle :
- Messeigneurs, il est temps de mettre un terme à cette attente.
Deux clercs de l’office du Maître Conseil, reconnaissables à leurs uniformes noirs à bande jaune, s’approchèrent de l’urne et la descellèrent. Le dépouillement se fit rapidement. L’un des clercs, un rouquin à l’air arrogant, nota un par un les noms inscrits sur les parchemins que lui montrait l’autre clerc, un grand brun avec une cicatrice sur la joue. Les deux hommes examinèrent le document du rouquin, puis le tendirent à Lord Wellie et Ser Amyot. Le seigneur des Sables Immuables hocha la tête et fit face à l’Assemblée.
- Messeigneurs, les dieux nous accordent un nouveau Maître. Veuillez rendre grâce à Maître Quintius Kalur !
A cette annonce, la salle explosa bruyamment. Tous les Seigneurs de l’Assemblée acclamèrent Quintius pendant qu’il se rendit sur l’estrade dans sa tunique d’azur au cheval d’or pour prendre place sur le Siège des Doléances. Au milieu du tohubohu, Baltazar remarqua qu’un membre que l’Assemblée ne prenait pas part à l’ovation. La colère déformait les traits du Dément, à un point que le seigneur de la Côte Rouge espérait rapidement l’oublier, de peur d’en faire des cauchemars.

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